Bonjour à Jean-Marie, Philippe, Sylvain et peut-être d’autres.
Ca va faire encore beaucoup de logorrhée, regrettera Jean-Marie, mais je n’oblige personne à me lire.
Je partage pleinement le propos de Jean-Marie qui souligne que « le fait de payer ou d’obtenir à titre gracieux un produit ou un service ne change rien au fait qu’on doive le maîtriser au travers du paragraphe Achats ».
Philippe fait allusion aux documents d’achat. Certes, les documents du type bon de commande ou cahier des charges ne sont en général utilisés que dans le cadre d’un échange commercial mais ce n’est pas du tout cela qui détermine si les exigences du 7.4 doivent ou non s’appliquer.
Le critère d’application du 7.4 est ce qui est très clairement indiqué au premier alinéa dudit 7.4 : C’est l’incidence de la fourniture sur la réalisation ultérieure du produit ou sur le produit final.
Cette incidence (on pourrait dire aussi influence ou criticité) à normalement été évaluée et documentée en conception (voir § 7.3.3 b), elle est l’unique critère d’application des exigences du 7.4, sans aucune sorte de considération relative à la façon commerciale ou non d’obtenir la fourniture en cause.
C’est tellement vrai que dans toutes les entreprises il y a tous les jours des quantités d’achats qui sont bien des achats au sens commercial du terme mais qui ne sont nullement pris en compte par les dispositions de maîtrise définies par le SMQ en application des exigences du 7.4. Exemples : la fourniture de stylos, crayons et papier de bureau, l’achat du papier toilette pour les W.C., le nettoyage des vitres et des bureaux, le ravalement de la façade de l’entreprise, etc.
Pourquoi ces multiples achats et prestation ne sont pas gérés par le SMQ ? Tout simplement parce que l’on a estimé qu’ils n’ont aucune influence sur la réalisation et la qualité du produit de l’entreprise.
À l’inverse, tout ce qui a une influence sur la réalisation et la qualité du produit final doit être maîtrisé selon les exigences du 7.4, quelle que soit l’origine et le mode d’acquisition de la prestation ou de la fourniture.
Très souvent il s’agit bien de choses achetées en payant, mais pas toujours. Voyons quelques cas.
Quand une entreprise s’approvisionne en semi-finis auprès d’une filiale du même groupe il peut très bien ne pas y avoir la moindre facturation ni le moindre paiement mais le semi-fini en question n’en sera pas moins un « achat » au sens du 7.4, car ce semi-fini à une très grande incidence sur la qualité du produit final.
Autre cas, le recyclage. C’est une activité qui consiste à faire de la matière neuve à partir de copeaux, rognures et autres rejets des autres entreprises. Le recycleur s’approvisionne donc en matière première auprès de différentes entreprises. Dans de nombreux cas la particularité est que non seulement le recycleur ne paie pas sa fourniture mais au contraire se fait payer pour en débarrasser l’entreprise qui la lui fournit.
Commercialement et fiscalement le recycleur accomplit une vente (la vente d’un service d’enlèvement des copeaux ou rognures) cela n’empêche pas que ces copeaux ou rognures ont une très grande influence sur la qualité de son produit final (la matière neuve recyclée) et que par conséquent ils constituent bien un « achat » au sens du 7.4.
Imaginons encore un organisme dont l’activité est d’héberger et de nourrir des personnes (un foyer d’une organisation caritative par exemple).L’une des activités de cet organisme (au sens de produit final) est donc de servir des repas. Pour cela elle doit s’approvisionner en denrées alimentaires à Rungis ou sur le marché local. Tout le monde s’accordera je pense sur le fait qu’il s’agit bien là d’un achat et que cet achat a une grande incidence sur le produit final (qui est le repas servi). Si cet organisme voulait être certifié, tout auditeur comme Philippe s’empresserait de vérifier si les exigences du 7.4 sont bien appliquées aux achats de denrées alimentaires n’est-ce pas ?
Supposons maintenant que cet organisme reçoive un don de produits alimentaires – ce genre d’événement peut très bien se produire suite à une collecte ou pour d’autres raisons – il ne s’agirait plus d’un achat au sens commercial et fiscal puisque c’est fourni gratuitement. Néanmoins ces produits donnés ont exactement la même influence que les produits achetés sur la qualité des repas servis. Est-ce que Philippe déclarerait que les exigences de maîtrise du 7.4 n’ont pas lieu de s’appliquer à ces produits sous prétexte qu’ils ont été donnés plutôt que vendus et achetés ?
Je suis donc mille fois d’accord avec Jean-Marie sur le fait que payant ou gratuit cela ne change rien, car le seul critère d’application du 7.4 est l’incidence de la chose fournie sur la réalisation ultérieure du produit ou sur le produit final. – Ce n’est d’ailleurs ni Jean-Marie ni moi qui le disons, c’est très clairement énoncé noir sur blanc dans le premier alinéa du 7.4.
Le critère d’application étant maintenant bien clair, il reste quand même à jeter un coup d’œil sur les exigences du 7.4. C’est là que des difficultés peuvent apparaitre.
L’exigence fondamentale et incontournable est elle aussi écrite noir sur blanc dès le début du second alinéa du 7.4, je cite : « L’organisme doit évaluer et sélectionner les fournisseurs en fonction de leur aptitude à fournir un produit conforme aux exigences de l’organisme. »
Il s’agit là de l’exigence substantielle générique, c’est-à-dire de celle dont découlent les autres.
Nonobstant les autres exigences, cela implique d’emblée et sans aucune ambiguïté deux conditions essentielles :
1 – C’est l’organisme certifié qui doit fixer lui-même ses propres exigences pour le produit ou la prestation à fournir. La norme dit bien « conforme aux exigences de l’organisme », ces exigences ne peuvent donc pas être définies ailleurs qu’au sein du SMQ de l’organisme certifié ni autrement que par la mise en œuvre de ses propres processus.
2 – L’autre condition fondamentale est le libre choix du fournisseur par l’organisme certifié. L’organisme doit « sélectionner » les fournisseurs dit la norme. Jusqu’à preuve du contraire sélectionner veut bien dire choisir. Il y a donc violation manifeste de cette exigence substantielle chaque fois que le fournisseur est imposé d’une façon ou d’une autre (imposé par la maison mère, imposé par le client ou par n’importe qui d’autre…).
Je pose maintenant une question à Philippe, sa réponse devrait être considérée comme très autorisée puisqu’il est auditeur de certification.
Dis nous Philippe, lorsqu’un SMQ viole de façon structurelle une exigence fondamentale de l’ISO 9001, ne s’agirait-il pas par hasard de ce que l’on appelle une non-conformité ? Et, question qui s’ensuit, ne serait-il pas quelque part interdit aux organismes de certification de délivrer des certifications de complaisance à des entreprises dont le SMQ présente de franches non-conformités structurelles sans au moins un plan d’action corrective à peu près crédible pour se mettre en conformité ?
Si Sylvain lit encore ce fil, il se dit peut-être que nous avons tous oublié sa question initiale.
Pas tant qu’on pourrait croire…. Bien que je m’en sois quelque peu éloigné je n’ai pas du tout perdu de vue la question initiale de Sylvain.
Je ne suis pas du tout d’accord avec la façon dont il tente de résoudre son problème en passant par le 4.1 en essayant de jouer sur les mots (les processus externalisés qu’il ne serait pas nécessaire de décrire ni de maîtriser… c’est une interprétation très périlleuse de l’ISO 9001 contredite par toute la doctrine à ce jour connue aussi bien de source ISO que selon les règles pratiques en vigueur à l’AFAQ qui est un organisme certificateur ayant pignon sur rue – mais il est vrai que face à l’ISO elle-même et face aux règles pratiques de l’AFAQ s’élèvent les incessantes jérémiades de Jean-Marie contre le concept de processus externalisé qu’il trouve absurde parce qu’il ne l’a pas compris, cependant, si j’étais à la place de Sylvain j’accorderais plus de crédit à la doctrine de l’ISO qu’aux retentissantes vociférations de Jean-Marie qui ne pèsent pas plus lourd qu’un pipi de moineau malgré le tapage qu’elles font sur Allquality).
Je ne suis pas non plus d’accord avec la tentative de déguiser la holding qui a en fait l’essentiel du pouvoir en une sorte de fournisseur, comme un simple cabinet de recrutement qui relèverait du 7.4. C’est d’ailleurs tout à fait impossible puisque la filiale de Sylvain est en fait totalement dépourvue du moindre moyen de mettre sa holding en concurrence avec un quelconque cabinet de recrutement pour sélectionner, comme l’impose le 7.4 de l’ISO 9001, celui qu’elle évalue comme le plus apte à répondre à ses exigences.
En fait, en fonction du premier et unique post de Sylvain, je pense que son problème n’a rien à voir avec le 4.1 ou le 7.4, il relève de tout autre chose, à savoir des exigences du 6.2.2.
Considéré du point de vue de sa finalité, comme disait avec grande sagesse Philippe un peu plus haut, le processus décrit par Sylvain me semble aller bien, sans génie particulier, certes, mais de façon tout à fait convenable pour répondre aux exigences du 6.2.2 quand il s’agit d’un recrutement.
Il reste évidemment à Sylvain à décrire dans la formalisation de son SMQ les choses telles qu’elles sont réellement. – C’est quand même beaucoup plus facile que d’aller s’entortiller dans des processus externalisés ou des achats qui, dans ce cas, n’existent pas plus les uns que les autres.