Il vaut mieux ne pas en parler… Comme tu y vas Jean-Marie !
Eviter les embrouilles d’accord. Mais pas au prix de s’auto-interdire la poursuite d’une discussion en évacuant la question dans les limbes de la « théorie peu utile ». A quoi va ressembler Allquality si nous nous interdisons la confrontation ?
Pour éviter les embrouilles je propose au contraire la poursuite d’un échange confraternel et amical dans lequel on s’efforcera simplement de ne pas confondre les faits et les opinions. Je sais que ce n’est pas toujours facile mais avec un peu de bonne volonté on devrait pouvoir y arriver.
Je suis le premier coupable de l’ambiance de cette discussion qui te fait craindre des « embrouilles », Jean-Marie.
J’ai dès le départ commis la lourde erreur de confondre une question et une opinion.
Le propos d’Henri se présentait au départ comme une question que je résume ainsi « Pourquoi l’ISO 9001 distingue-t-elle les actions correctives des actions préventives ? à quoi une telle distinction peut-elle servir sur le plan opérationnel ? quelqu’un pourrait-il me l’expliquer ? ».
Et moi, gros naïf tout joyeux de retrouver Allquality qui a permis tant de choses dans le passé, j’ai sauté sur mon clavier pour partager mes connaissances en répondant à ce que je croyais être une question.
Mais ta question, Henri, n’en était pas une, c’était une simple forme rhétorique pour introduire ton affirmation – c’est-à-dire ton opinion – selon laquelle cette distinction ne sert à rien. Tu le dis dès les premières lignes de ton premier post. Dès le premier post et ensuite dans le second dans lequel tu enfonces le clou, tu nous dis que les autres référentiels te paraissent plus pertinents car tu n’y trouves pas ce que tu estimes une distinction inutile et tu vas même jusqu’à affirmer que nous partagerons tous un jour ton point de vue. (Quel sympathique enthousiasme, Henri, la foi soulève les montagnes, mais, du moins pour l’instant, l’histoire du monde ne confirme pas ta toute personnelle vision des choses de l’avenir : pour l’instant, avec ou sans ISO, « préventif » et «correctif » demeurent des vocables qui désignent des concepts différents.)
Cela dit, même si je ne suis pas trop fier d’être tombé dans un faux débat, je ne regrette pas d’avoir répondu à ce qui pourrait être une vraie question, car dans la vraie vie il y a de vrais gens qui se demandent vraiment quelle est la vraie différence entre actions correctives et préventives dans le cadre de l’ISO 9001. Cette question m’a véritablement été posée de très nombreuses fois par de vrais professionnels qui ne cherchaient pas du tout à sodomiser les diptères.
Mais j’ai mis le doigt dans l’engrenage ! Alors je vais poursuivre par quelques considérations qui n’ont pas pour but de convaincre Henri, dont je respecte les opinions même quand je ne les partage pas, je veux seulement apporter quelques précisions qui seront utiles à ceux qui se posent vraiment la question.
Sur le sens des mots – la différence « corrective » « préventive » dans l’ISO 9001
Déjà, en langage courant, je suppose que tout le monde perçoit bien la nuance de sens.
Dans le langage de l’ISO 9001 ces termes ont des définitions bien précises qui sont indiquées sans aucune ambiguïté dans la norme vocabulaire sur laquelle s’appuie l’ISO 9001. C’est ainsi depuis la plus antique ISO 8402 jusqu’à la plus récente ISO 9000.
On peut regretter que – contrairement au langage courant – le terme « corrective » veuille dire prévention de la récurrence mais c’est ainsi depuis toujours, ce n’est pas moi qui ai rédigé ces normes, pour les comprendre il faut les accepter telles qu’elles sont dans leur extrême précision. Il suffit de lire et c’est cric crac, aucune sorte de confusion n’est possible entre action corrective et action préventive.
Sur le sens des mots – la différence « corrective » « préventive » dans les autres référentiels
Hors de la norme ISO 9001 et de la norme de vocabulaire ISO 9000 qui l’assiste, d’autres référentiels utilisent les termes d’action préventive et d’action corrective.
En français ordinaire et courant et même sans l’assistance d’une norme particulière pour le préciser, il se trouve que préventive et corrective sont deux termes qui n’ont pas le même sens. Ceci est un fait que n’importe qui peut vérifier dans n’importe quel dictionnaire usuel de langue française. Ce serait donc une très grande imposture que de tenter de faire accroire qu’il n’y a que l’ISO 9001 qui distingue les actions préventives des correctives sous prétexte que les autres référentiels les évoquent en une seule phrase alors que l’ISO 9001 y met deux paragraphes. Pour les deux paragraphes, j’y reviendrai plus loin mais pour le sens je reste ferme : le sens des mots ne change pas sous prétexte qu’ils sont dans des paragraphes différents ou dans la même phrase, ce n’est pas parce que l’ISO 14001 ou l’ILO-OSH réunissent préventives et correctives dans la même phrase que les deux choses sont identiques, si l’on trouve dans tous les cas deux mots différents c’est bien parce qu’il y a deux choses différentes.
Sur l’utilité de distinguer actions correctives et préventives
Jean-Marie nous dit que la distinction relève de la « théorie » qu’il qualifie de « peu utile » au quotidien. Henri dit carrément que « ces actions [préventives ou correctives] sont exactement de la même nature et conduite », que la différence « n’a aucune espèce d’intérêt sur le plan opérationnel », que c’est bonnet blanc et blanc bonnet et nous ajoute une très jolie pensée suivant laquelle une action corrective serait une action préventive qui s’ignore.
C’est fort joliment dit, mais sur un tel sujet qui est très technique et professionnel, je ne peux pas me laisser séduire par les charmes de la poésie. Je ne veux pas non plus, Jean-Marie, me laisser impressionner par le mythe de l’abominable « théorique » qui serait toujours l’ennemi du pratique et du quotidien.
Comme je l’ai déjà exprimé dans mon post précédent, la démarche, les méthodes et outils ainsi que les compétences requises pour les actions préventives ne sont pas exactement les mêmes que celles qu’il faut pour les actions correctives. Je suis très surpris, Henri, qu’un préventeur ne voit pas la différence opérationnelle…
Je ne mets pas en concurrence les deux approches, je dis seulement qu’elles sont différentes et ne servent pas à la même chose.
Sur le prétendu doublon 8.5.2 et 8.5.3 de l’ISO 9001
Avant de nous donner son tr avis personnel – son opinion – sur ce que devraient faire les rédacteurs de l’ISO 9001, Henri me dit que les paragraphes 8.5.2 et 8.5.3 sont identiques. Il ponctue cette affirmation tout à fait fausse de cinq points d’exclamation pour lui donner plus de vigueur.
La réalité, Henri, ne dépend pas de l’abondance de tes points d’exclamation ni de la vigueur de tes croyances, désirs ou opinions. La réalité c’est que n’importe qui, même toi, peut lire attentivement les paragraphes 8.5.2 et 8.5.3. Toute personne, même toi, qui lit tranquillement ces deux paragraphes côte à côte va s’apercevoir qu’ils ont une grande homogénéité de forme mais de très notables différences de contenu. Ces différences de contenu qu’il faudrait lire et comprendre avant de déclarer n’importe quoi à la face du monde sur un site Internet tiennent justement, Henri, à la différence fondamentale qui distingue les actions correctives des actions préventives.
Sur la question de savoir pourquoi deux paragraphes plutôt qu’une seule phrase
Qu’on le dise en une seule phrase ou en deux paragraphes, actions correctives et actions préventives sont des choses différentes. D’accord, mais alors pourquoi le dire en deux paragraphes quand une seule phrase suffirait ?
Cette bizarrerie peut légitimement étonner les praticiens jeunes ou même un peu moins jeunes. Pourquoi l’ISO 9001 ne fait pas comme les autres référentiels ?
C’est parce que l’ISO 9001 est un très vieux référentiel qui a une longue histoire.
En 1987 il y avait trois référentiels : ISO 9001, 9002 et 9003. Il n’y avait aucune exigence d’actions préventives dans aucun d’entre eux mais seulement d’actions correctives pour ISO 9001 et 9002 et rien du tout pour 9003. Il y a donc eu un paragraphe « actions correctives » pour 9001 et 9002.
Puis vint la révision de 1994 qui a étendu les exigences d’actions corrective à ISO 9003 en créant de nouvelles exigences d’actions préventives pour 9001 et 9002, sans pour autant bien entendu abolir les exigences d’actions correctives qui ne sont pas de même nature. La solution rédactionnelle choisie à l’époque a été de coller dans 9003 le paragraphe actions correctives qui existait déjà dans 9001 et 9002 et d’ajouter à 9001 et 9002 un nouveau paragraphe pour les actions préventives.
Depuis l’an 2000 il n’y a plus qu’une seule norme ISO 9001, mais elle a hérité de ses couches historiques, de ses deux paragraphes qui auraient pu être concentrés dans un seul comme l’ont fait d’autres référentiels plus récents sans pour autant confondre les actions correctives et les actions préventives.